Aurélien Fontanet par Bernard Plossu

2019

www.loeildelaphotographie.com

«Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai toujours été attiré par le rôle anthropologique de la photographie. Sans doute une enfance avec les BD de la “ligne claire” qui faisaient déjà voyager beaucoup les jeunes lecteurs, que ce soit Spirou, Tintin, Alix ou Blake et Mortimer ? Ou les photos de mon père du grand Erg saharien, quand il le traversait avec Roger Frison Roche ? Et je suis devenu photographe, et du coup suis devenu de plus en plus passionné par le rôle de l’image et ce qu’elle permet de dire. Et les gros coups de coeur sont la plupart du temps des auteurs “amateurs” mais qui sont anthropologues de métier, ou explorateurs : par exemple j’aime particulièrement les photos de Claude Lévi-Strauss dans le livre de ses photos noir et blanc “Saudades do Brasil”: on y voit la vie courante des tribus indiennes dans la jungle, et elles ont une tendresse et une sensualité qui me parlent encore plus que tous les textes savants!

Pareil avec les photos des Touaregs de Edmond Bernus, ami et maître rencontré grâce à Yveline Poncet la géographe: j’ai participé au choix des images de son livre “Eguereou”, et cet “amateur professionnel” faisait des images aussi fortes que celles des photographes “connus”. Pareil avec Wilfred Thesiger, le héros du photographe australien Max Pam: quand il faisait ses extraordinaires voyages dans les déserts d’Arabie: on est avec lui, on sent la chaleur, la soif, la lenteur du temps, la vie des nomades; en fait, quand une photo parle “vraie”, elle est forte, et cela n’ a pas d’importance qu’ elle soit “bonne” ou pas ! Sans tous ces témoignages, nous ne saurions que peu de choses des vies des gens de tous ces pays qu’ ils ont rencontré et dont ils nous parlent. La curiosité du monde est une des clés de la photographie.

Aurélien Fontanet est dans cette grande tradition, photographiant “bien”, mais comprenant clairement le rôle essentiel que ses photographies peuvent avoir en plus: aider les gens qu’ il photographie, participer à aider aussi à faire connaître leurs causes et leurs drames: il voyage chez les Xikrin dans la jungle Amazonienne, et en plus de ses photos, il nous parle de ce que ceux-ci vivent à l’ heure des dangers de la “civilisation”!, dans leur cas les problèmes de santé terribles dus à des mines qui leur rongent les bronches. La photographie en fait est par essence une cause humanitaire: photographier.»

Bernard Plossu, mai 2019






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